Comment communiquer de manière inclusive en français ?

Pour les personnes qui sont uniquement intéressées par mon avis sur la question, voici un très court résumé.

Je favorise l’utilisation d’un seul point médian, même pour les pluriels, et même pour le langage non binaire (avec le pronom « iel »), même si je pense que nous manquons cruellement de solutions créatives « normalisées » sur la question.

Pour les autres, j’explique les différentes alternatives existantes pour communiquer de manière inclusive dans les paragraphes suivants.

Sur le fond, ne dites pas de choses discriminantes

On parle de la communication inclusive en se centrant sur les possibilités d’utilisation de certains caractères plutôt que d’autres, mais en réalité, être inclusif·ve, ça commence par le fond. Exit les « ménagères de moins de 50 ans », les « femmes de ménage », le « mademoiselle », les « putain » qui nous échappent, les « pères de famille » tout-puissants ou le terme « hystérique ». Cela devrait aller de soi, mais je sais à quel point il est difficile de se rééduquer à ne pas utiliser certaines expressions courantes.

Sur la forme, comment s’y retrouver ?

  • Les épicènes

La manière d’être inclusif·ve la plus simple et la moins génératrice de débats, tant à l’oral qu’à l’écrit, est l’utilisation de mots et expressions non genré·es, en commençant par le terme « personnes », qui peut par exemple remplacer le masculin générique « Hommes ».

Malheureusement, la plupart d’entre nous ne connait l’existence que de deux genres, le genre masculin et le genre féminin, c’est pourquoi cet outil linguistique invisibilise par défaut les minorités de genre comme la non-binarité, puisqu’on ne peut pas prendre en compte ce que l’on ne connait pas.

Donc si j’entends « professorat », je vais imaginer des hommes, des femmes et des personnes non binaires qui enseignent, mais quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est une personne non binaire n’imaginera que des hommes et des femmes.

Les épicènes sont un outil utile dans des contextes où il est clair que les personnes émettrices et réceptrices du discours sont conscientes de l’existence de cette diversité de genre. Mais si ce n’est pas le cas, il s’agit d’inclusion en demi-teinte.

  • Le dédoublement

Il en va de même pour le dédoublement qui élargit les masculins génériques pour en faire des expressions binaires, comme par exemple « les traducteurs et les traductrices » ou « ils et elles ». Encore une fois, nous avons bien une visibilisation des femmes, qui est évidemment essentielle, mais nous avons aussi une invisibilisation directe des genres non compris dans la binarité homme-femme. En effet, ces genres sont explicitement exclus du dédoublement qui ne mentionne que les hommes (avec le masculin) et les femmes (avec le féminin).

  • Bannir les parenthèses

Dans le but de répondre à l’argument avançant que le dédoublement est une stratégie longue et redondante, donc lourde, il était il y a quelques années usuel d’utiliser les parenthèses pour visibiliser les femmes, comme par exemple avec « Les employé(e)s ». Heureusement, cette pratique semble être tombée en désuétude car ce qui est mis entre parenthèses, ce sont les informations qui peuvent être ignorées. Dans le contexte de l’inclusion, les parenthèses sont donc tout à fait contreproductives pour démontrer que les genres autres que le genre masculin sont importants à mentionner.

  • Le trait d’union et le point

Le trait d’union et le point sont largement utilisés en langage inclusif, même si le point est plus généralisé que le trait d’union. Certain·es avancent que le problème de leur utilisation est qu’ils ont déjà d’autres fonctions en français : l’arrêt de la phrase pour le point et, entre autres usages, la césure ou la liaison dans les mots composés pour le trait d’union.

Cependant, il est important de rappeler que les langues sont toujours en train d’évoluer. Créer de nouvelles règles pour certains signes, s’il n’y a pas de risque de malentendus, pourrait donc sembler la chose naturelle à faire. Cela impliquerait alors d’adapter d’autres outils d’inclusion, comme par exemple les lecteurs d’écrans, pour qu’ils puissent prendre en compte ces nouvelles règles.

Personnellement, j’utilise le point traditionnel dans ma pratique de la communication inclusive dans le contexte privé quand je n’ai pas à portée de main un clavier qui rend simple l’utilisation du point médian.

  • Le point médian

L’utilisation du point médian est un moyen de pallier le problème de la multiplication des utilisations d’un même caractère. Cependant, elle ne s’adresse pas aux difficultés d’adaptation des technologies d’inclusion déjà existantes. Mais la technologie, comme le langage, est aussi toujours en train d’évoluer. L’effort d’adaptation demandé ne devrait donc pas être une raison légitime pour refuser le point médian.

Le point médian est devenu le symbole de l’écriture inclusive et des débats qui l’entourent alors que, comme vous pouvez le lire ici, il n’est qu’une solution parmi tant d’autres pour rendre notre monde plus inclusif.

Je privilégie cette solution car elle me semble la plus pratique et la plus reconnaissable. Elle me permet de faire passer mes idées de manière claire tout en faisant comprendre à mes interlocuteur·rices mon engagement dans le domaine du féminisme, sans avoir à en parler directement.

  • Mais alors, comment on le prononce ?

La prononciation des mots écrits avec le point médian, ou tout autre caractère inclusif, est une question qui revient souvent. Certain·es insistent sur le fait que « traducteur·rice·s » devrait se prononcer « traducteurs et traductrices », d’autres disent qu’il faudrait parler de « traducteurrices » en un seul mot. Les deux possibilités fonctionnent et sont compréhensibles par tou·tes.

Personnellement, je prononce en un seul mot les expressions pour lesquelles mon interlocuteur·rice entendra que je n’utilise pas le masculin générique, comme « instituteur·rice·s ». Pour les autres, j’utilise le dédoublement, comme pour « maître·sse·s » par exemple, où la prononciation en un mot pourrait laisser penser que je ne parle que de femmes. Mon objectif est que mes interlocuteur·rices comprennent non seulement le mot, mais aussi mon effort d’inclusion.

  • Un seul point médian ou deux ?

Vous aurez sûrement remarqué que j’ai utilisé dans cet article les points médians de deux manières différentes. Pour les exemples au pluriel, j’ai utilisé deux points médians, par exemple « sauveur·se·s », ce qui est l’écriture inclusive la plus acceptée et la plus utilisée. Je l’utilise notamment beaucoup dans mon travail car c’est celle qui est conseillée par les organismes reconnus qui osent utiliser le point médian (comme certaines universités par exemple). Mais dans ma vie personnelle, je préfère n’utiliser qu’un point médian et parler de « sauveur·ses ».

Il y a plusieurs raisons à ce choix. Tout d’abord, le point, ou le point médian, comme le trait d’union, et au contraire des guillemets et des parenthèses, peut s’utiliser seul. Pour moi, n’utiliser qu’un point médian, et donc coller le « s » du pluriel à la marque du mot au féminin, permet d’appuyer sur l’idée que le féminin fait partie intégrante du mot. Le féminin n’a pas besoin d’être isolé par deux points médians, il n’est que la continuité du mot qui se finit avec un « s ».

  • Le cas de l’écriture non binaire

Je parlais plus tôt de l’inclusion ou de l’exclusion, visible ou invisible, des personnes non binaires. Le langage non binaire français tend à être généralisé comme l’utilisation de l’écriture inclusive avec point ou point médian au singulier, ainsi que l’utilisation du pronom « iel ».

Chaque personne non binaire aura sa propre opinion sur l’intérêt ou non de cet amalgame entre écriture inclusive et écriture non binaire. Personnellement, je trouve que le pronom « iel » est encore trop genré pour être une option satisfaisante pour les genres en dehors de la binarité homme/femme, car il semble n’en être qu’une fusion (il/elle->iel). Cependant, cette solution a l’avantage d’être compréhensible par tou·tes, même les personnes non sensibilisées, ce qui n’est pas le cas pour les néo-pronoms par exemple.

Pour ce qui est du langage non binaire, le plus important est évidemment de respecter les pronoms et accords de la personne concernée quand il est question d’elle. Mais en général, l’utilisation du « iel » et du point ou du point médian est acceptée, normalisée et considérée comme la manière la plus respectueuse de parler de personnes non binaires dont on ne connait pas les pronoms et les accords ou quand on ne comprend pas les spécificités des néo-pronoms et accords.

En attendant de voir et de participer à l’émergence et à la normalisation d’un langage non binaire satisfaisant, j’ai décidé de m’en contenter.

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