Ma pratique des ligatures non binaires

Ça, c’est ma bannière d’al y a un an, et j’utilisais la police post-binaire Baskervvol de la collective Bye Bye Binary. On peut y voir des ligatures, qui sont des fusions entre masculin et féminin. Le but : inclure les genres non binaires dans la typographie.
Depuis, j’ai beaucoup évolué dans ma pratique :
💡J’ai quasiment abandonné les terminaisons fusionnées dans ma vie personnelle, parce que j’estime que la non-binarité n’a pas à être sur le spectre entre le féminin et le masculin (par exemple, j’utilise de plus en plus « traductaire » au lieu de « traducteurice »)
💡J’ai discuté avec des spécialistes de l’accessibilité, et décidé que je préfère être plus accessible et moins esthétique dans mes visuels
Mais le 10 novembre, la collective a sorti les résultats de son étude sur la lisibilité des polices post-binaires. Et la police BBB Read Me est maintenant disponible sur leur site internet : https://lnkd.in/ebdt6VFm
Ce qui me semble particulièrement important dans cette étude :
✔️ La police a été testée par des personnes concernées et modifiée selon leurs remarques et c’est super parce que le sujet est encore trop souvent instrumentalisé
✔️ La police n’est pas présentée comme une solution parfaite aux problèmes d’accessibilité dans les polices post-binaires, juste comme un processus expérimental qui prend en compte les difficultés en lien avec la lecture
✔️ La facilité de lecture dépend bien de l’habitude, comme d’autres études le disaient pour le point médian, donc plus on lira du langage inclusif, mieux on pourra le lire
Les résultats sont disponibles ici .
Ça a quand même soulevé quelques questions :
1. Comme l’étude le montre, l’utilisation de la lettre « ε » peut être interprétée comme un « e » parce qu’elle y ressemble, notre cerveau ne risque-t-il pas pour cela d’amalgamer genre non binaire et genre féminin ?
2. Si l’utilisation de cette lettre se normalise dans les représentations inclusives, en viendra-t-elle à remplacer le « æ » parce qu’elle peut être utilisée dans plus de cas ?
3. C’est quand même un ajout d’une lettre au masculin, donc est-ce que ça peut être interprété comme une invisibilisation du féminin au profit de la visibilisation de la non-binarité ?
Alors… est-ce que je vais recommencer à utiliser des polices post-binaires ?
Je trouve ces polices extrêmement intéressantes pour faire avancer les discussions sur l’inclusion. Mais le fait que les fusions me dérangent davantage aujourd’hui m’a poussé·e à explorer d’autres pistes, notamment les travaux néologiques d’Alpheratz, qui s’éloignent justement de l’idée de fusion entre genres.
Peut-être qu’un mix typographies post-binaires + néologismes serait intéressant dans les cas où al est difficile de faire sans fusion ?
❓ Et vous, vous allez essayer ?
—
👋 Moi, c’est Inès, j’aide les organisations engagées à communiquer de manière vraiment inclusive.
✊ J’écris sur l’inclusion, la langue et la justice sociale.
✉ Votre organisation veut que les personnes minorisées se retrouvent aussi dans sa communication ? Discutons !