Ligatures et accessibilité

Parlons ligatures (et plus précisément glyphes post-binaires) et accessibilité.
On m’a demandé si les ligatures sont lisibles pour les personnes dys et/ou avec un handicap visuel.
Les ligatures, ce sont des signes typographiques qui mélangent plusieurs lettres. Dans mon cas, j’utilisais des ligatures post-binaires sur mon ancienne bannière (de la police Baskervvol de Bye Bye Binary).
Alors non, les ligatures ne sont pas accessibles.
Sophie Vela a mené des recherches sur le sujet. 20% des phrases qu’elle a présentées aux participant·es ont posé problème aux personnes dys, contre 13% pour les personnes non-dys. La principale difficulté se trouvait sans surprise dans la lecture des ligatures inclusives. Elles sont donc difficiles à lire pour tout le monde.
Bon, avoir des écritures inclusives qui discriminent tout le monde plutôt que seulement les personnes dys n’est pas l’objectif. Ce qu’on veut, c’est développer des écritures inclusives qui soient faciles à lire pour toustes.
Une des hypothèses de Sophie Véla est que si ces ligatures (et le point médian) sont si difficiles à lire, c’est surement en partie parce qu’elles sont très peu utilisées pour l’instant. Si on suit cette idée, plus nous les utiliserons, plus elles seront faciles à lire.
Évidemment, je ne suis pas en train de dire que les personnes dys devraient seulement s’habituer. Je veux dire qu’il faut arrêter d’instrumentaliser cette excuse et travailler pour trouver des alternatives encore plus inclusives.
Pour rappel, la Fédération française des DYS critique la masculinisation de la langue tout en déconseillant l’utilisation du point médian pour les jeunes dyslexiques. De son côté, le Réseau d’études handi-féministes est contre la récupération du handicap par les personnes anti écriture inclusive.
Alors, pourquoi est-ce que j’avais utilisé des glyphes post-binaires dans ma bannière ?
– Parce que je les trouve beaux
– Parce qu’ils évitent de couper les mots (ce qui est plus facile à lire pour certaines personnes dys d’ailleurs)
– Parce qu’ils interpellent car ils sont peu utilisés
– Parce qu’ils sont politiques
Pourquoi je ne vais sûrement plus en utiliser dans ma communication, bien que je les adore ?
– Parce que même s’ils sont des fusions, ils sont encore très binaires, notamment ceux disponibles avec la police Baskervvol
– Certaines initiatives non binaires intéressantes sortent de la binarité tout en étant graphiquement originales (par exemple le caractère « æ » prononcé comme le caractère « é »)
– Parce que je travaille sur les formulations et les mots, pas sur le graphisme, et que je n’ai que très peu l’occasion de travailler avec de telles polices. L’utilisation des ligatures dans ma communication pourrait induire en erreur.
Et vous, vous pensez quoi des ligatures ?