Queer joy ou les traductaires concerné·es

Je me remets lentement (mais sûrement) d’un mois cloué·e au lit à cause de la Covid. Mais bonne année, al est encore temps. 🥳

Pendant ces longues heures à cracher mes poumons, j’ai binge-watché la dernière saison de Queer Eye. Ça m’a encore une fois prouvé à quel point avoir des traducteur·rices concerné·es est essentiel pour traduire des contenus queers.

Prenons un exemple très concret : dans un épisode, une personne non binaire parle avec une femme lesbienne de 70 ans du concept de « queer joy ».

Pourquoi est-ce important de le traduire par « joie queer »  et pas par une formulation vague du type « être contente » ?

Parce que la joie queer est un concept politique propre aux luttes LGBTQIA+.

Al est important de parler de joie queer parce que :
– oui, ça existe
– garder du temps pour la joie est essentiel pour éviter le burn-out
– al est possible d’être queer et de vivre une vie heureuse malgré ce que nous dit la propagande anti-LGBTQIA+
– c’est un levier puissant pour redonner de l’espoir aux activistes et aux jeunes

Dans le contexte de l’épisode, ce concept est encore plus fort :
– la lesbienne ne mesure pas le rôle de modèle qu’elle peut jouer
– elle ne connaît pas les concepts militants actuels
– Queer Eye est une émission grand public, mais ses participant·es font un vrai travail de sensibilisation, et le choix des mots n’est pas neutre

Sauf qu’une personne qui ne connaît pas les cultures et les luttes LGBTQIA+ peut très facilement passer à côté de cette dimension, et donc ne pas comprendre qu’il faut traduire « queer joy » comme un concept, et non comme une simple émotion.

C’est pour ça que les traducteur·rices se spécialisent. Iels évoluent dans certains milieux, en connaissent les codes, les références, les sous-entendus, et savent ce qui est politiquement et culturellement en jeu. Ça leur permet de faire du bon travail.

À défaut, il est possible de travailler avec des subject matter experts ou des relecteur·rices en sensibilité. Une personne concernée, en relecture, aurait pu expliquer l’importance de la joie queer, ce qui aurait donné une traduction plus fidèle.

Alors si vous voulez vous assurer que vos textes sont réellement inclusifs, que la terminologie queer est respectée et que vos personnages non binaires sont crédibles, écrivez-moi, et voyons ce qu’on peut faire ensemble 😊

Et pour être très clair·e : ce post n’est pas une critique des traducteur·rices de l’émission. Je suis convaincu·e qu’iels font de leur mieux dans un cadre souvent compliqué (par ex. délais trop courts, tarifs trop bas, besoin d’accepter toutes les opportunités, trop peu d’informations pour évaluer la faisabilité du projet, etc.)



👋 Moi, c’est Inès, j’aide les organisations engagées à communiquer de manière vraiment inclusive.

✊ J’écris sur l’inclusion, la langue et la justice sociale.

✉ Votre organisation veut que les personnes minorisées se retrouvent aussi dans sa communication ? Discutons !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *